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Le matin du 9 juillet 2008, jour de malheur, nous sommes réveillés par la sonnette, il est 6 h du matin, mon mari se lève et vient me dire « c’est la gendarmerie avec le maire » je saute du lit en criant Vincent et je cours voir au pied de l’escalier qui monte à sa chambre si ses chaussons y sont… signe qu’il est dans sa chambre. Pas de chaussons, je reviens à la porte d’entrée, le maire les gendarmes sont là et ne parlent pas. C’est moi qui pose les questions, « c’est Vincent il a eu un accident », aucune réponse me revient, ils sont muets, alors devant leur silence je crains le pire et encore une fois c’est moi qui parle « il est pas mort ? » un signe de tête juste un signe de tête me confirme mes craintes, tout s’est passé sur le pas de la porte. Certaines personnes s’effondrent en larmes, crient, hurlent, s’évanouissent, d’autres comme moi n’y arrive pas, nous sommes comme anesthésiés.
Nous rentrons et le gendarme nous explique qu’un accident a eu lieu avec notre voiture, qu’elle a entièrement brûlé et que l’on ne sait pas encore combien de personnes se trouvait à l’intérieur ni qui elles sont. Nous confirmons que notre fils avait utilisé notre voiture, comme il le fait souvent depuis 3 ans qu’il a son permis, pour aller chercher un de ses amis, privé de son permis, qui venait de passer ses examens et qu’il devait ramener près de chez nous, dans sa famille. Auparavant il devait rendre visite à un ami hospitalisé grièvement blessé 3 semaines plus tôt à quelques mètres de là ou Vincent perdra la vie. Vincent est parti seul, notre voiture ne contenant que deux places.
Après quelques formalités administratives, ils nous laissent seuls, il est 6 h 30 environ, le gendarme nous laisse un numéro à n’appeler qu’à partir de 8 h. ; 1 h 30 à attendre sans rien savoir …Ou est la cellule psychologique ? on entend que cela dans les médias mais nous on nous assène la nouvelle et basta …à quand une aide psychologique qui accompagnerait la gendarmerie lors d’annonces aussi difficiles.
Mécaniquement nous nous habillons et nous attendons. A 8 h mécaniquement, mon mari téléphone à son travail pour prévenir qu’il ne viendra pas ce matin, celui à qui il apprend la terrible nouvelle n’est que le beau-père du meilleur copain de Vincent, Pierre, ils travaillent ensemble pour l’été. Sa réaction ne se fait pas attendre. Peu après notre coup de fil, Pierre arrive, en pleurs, il veut savoir si les deux amis étaient ensemble dans la voiture, depuis qu’il a appris il essaie de joindre l’un ou l’autre sur leur portable mais aucun des deux ne répond. Et de nouveau on attend avec lui, espérant fortement que son portable va sonner et qu’au bout ce sera Vincent, nous échafaudons des hypothèses : peut être lui a-t-on volé la voiture, peut être que ce n’est pas lui qui était dedans … on espère.
Puis le portable de Pierre sonne, c’est Guillaume. Pierre lui demande Vinc’ est chez toi ?
Réponse négative, alors Pierre lui crie, « Vinc, Vinc il n’est pas rentré… » Guillaume que l’on vient de réveiller a dû mal à réaliser Pierre doit lui dire et redire.
Pierre doit prendre son travail, il doit partir, le temps s’est arrêté pour nous mais pas la terre de tourner.
Nous appelons l’adjudant de gendarmerie, qui nous interdit de venir sur les lieux. Il nous informe que le procureur a été saisi, il demande une autopsie du corps pour identification
Nous n’objectons rien, toujours anesthésiés, nous écoutons…c’est tout.
Au fond de nous on espère un miracle, mais notre inconscient nous ramène à la réalité en nous poussant à aller annoncer la terrible nouvelle aux grands parents, à toute notre famille. Nos deux autres fils ne savent pas encore, l’un dort, l’autre travaille dans une autre région.
A son réveil, nous apprenons la disparition de son frère, à Alexandre. Puis je téléphone à Romain pour lui demander de rentrer plus tôt que prévu, par téléphone je n’ose lui dire la vérité, je luis mens pour que sur le coup de l’émotion il ne lui arrive pas à lui aussi un malheur sur la route, je lui dirai plus tard lorsqu’il sera à la maison.
Pour certains la démarche suivante est de se rendre à la chambre funéraire, l’être cher est allongé sur le lit funéraire comme un malade dans le coma que l’on peut toucher, embrasser, serrer dans ses bras, nous nous n’avons pas eu cette chance…
Pour nous ce sera l’attente pour récupérer le corps, enfin ce qu’il en reste, si seulement nous pouvions arrêter les pendules. 3 jours cela va durer 3 jours, sans que l’on sache si on nous restituera le cercueil de notre fils, à temps, bien avant les obsèques pour que nous puissions le veiller, l’avoir un peu pour nous seuls, lui dire au revoir avant …, le dernier adieu, bien que je n’aime pas ce mot, pour moi je ne lui ai pas dit adieu mais au revoir
Nous sommes vendredis, à la veille d’un Week-end de trois jours si nous n’obtenons pas de la mairie qui ferme à 16 h 30 le sésame, les pompes funèbres ne pourront ramener le cercueil le lendemain, cela ne pourra se faire que le mardi matin, les obsèques sont prévues l’après-midi.
Puis le cercueil de Vincent repose dans une chambre funéraire, j’ai un grand besoin d’être près de LUI le plus longtemps possible et le plus souvent possible. J’y reste très tard le soir, tout est si calme, j’y suis bien, je m’assois face au cercueil, je serre la photo de Vincent sur mon cœur, et sur fond de musique douce, je me souviens, je lui dis ma colère aussi, pourquoi est-il parti si vite, si seulement il était resté chez nous, si seulement je m’étais réveillé la nuit, j’aurai pu l’appeler m’inquiétant qu’il n’était pas encore rentré, lui conseillé de rester vu l’heure tardive, mais j’avais tellement confiance en lui, en sa conduite, que lorsqu’il sortait, je dormais sur mes deux oreilles..
Résumé des constatations de gendarmerie :
Le 8 juillet 2008 en fin d’après midi, Vincent se rend à Dijon pour venir chercher un ami, Guillaume, qui s'est fait retiré son permis, pour le ramener chez lui à Corlée. Il profite de ce déplacement pour rendre visite à un autre ami, Julien, grièvement blessé environ 3 semaines plus tôt pas très loin du lieu ou Vincent perdra la vie. Finalement il apprendra une fois sur Dijon que Guillaume ne rentre plus, il a trouvé une mission de travail temporaire sur Dijon pour quelques jours et comme il a eu son BTS il a décidé de rester quelques jours supplémentaires pour fêter son diplôme avec ses amis.
Vincent arrive donc chez Guillaume vers 21 h 30, après avoir rendu visite à Julien, ils passent la soirée à discuter, à regarder des DVD. Aux environs de 3 h du matin, le 9 juillet, Vincent ne se sentant pas fatigué, décide de rentrer.
Dans une ligne droite, à proximité de TIL CHATEL (21) un semi-remorque circule en sens inverse et se dirige vers Dijon. Des dires du conducteur routier, unique témoin et partie de l’accident, il voit le véhicule conduit par Vincent circulant sur sa voie de circulation. Il lui fait des appels de phares et constate que le véhicule reprend sa voie de circulation. Mais arrivé à quelques mètres du poids lourds le véhicule de Vincent revient le percuter sur son avant gauche. Après le choc le chauffeur du poids lourd voit par la fenêtre fermée de son camion des étincelles. Il pense de suite à son chargement qui contient des produits inflammables et fait une marche arrière de 30 ou 40 mètres. Il descend alors pour prendre un extincteur, il entend comme des coups de fusil, se réfugie derrière la remorque et voit la voiture entièrement en flammes. Il appelle alors sa boîte qui contacte les secours.
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Nos constatations :
Vincent était très prudent au volant, depuis 3 ans qu’il avait son permis, il était très clean, pas de retrait de points, pas d’accident, rien … Ce n’était pas un fana de vitesse, quand il lui arrivait de boire lors d’une soirée, il se faisait emmener ou il dormait dans la voiture. Nous ne comprenons pas…
Une fois les obsèques passées, nous décidons de nous rendre sur les lieux de l'accident et à la gendarmerie qui mène l'enquête.
Vincent étant mort brûlé dans son véhicule ne sera jamais entendu, tandis que la seule déclaration qui a été souscrite est celle du chauffeur du poids lourd qui ne peut naturellement pas se faire preuve à lui-même, sa déposition nous interroge par rapport à son comportement en tant que professionnel de la route, transportant des matières dangereuses.
L’analyse du disque chrono-tachygraphie fait apparaitre qu’au moment de l’accident, sa vitesse est de 86 km/h, le chauffeur confirme qu’il transportait des produits toxiques, corrosifs et inflammables. Pourquoi les enquêteurs n’ont fait aucune recherche sur le marquage de la remorque, la vitesse maximale à laquelle l’ensemble routier pouvait circuler, la vitesse de 86 km/j n’étant pas approprié dans ce type de transport selon la réglementation du code dela route.
Aucune précision non plus sur la distance de freinage du poids lourd, aucune reconstitution de la trajectoire du poids lourd, étant donné qu’il faut une distance certaine à un semi remorque lancé à 86 km pour s’arrêter, il aurait dû se trouver bien au delà de la voiture accidentée, donc hors de danger d’embrasement.
L’étude du plan montre que la voiture de Vincent était entièrement, à droite, dans son couloir de circulation, le poids lourd a été déplacé, le point de choc est présumé, tandis qu’il existe des éclats peu signifiants puisque pouvant être dispersés dans tous les sens. Un professionnel du transport nous affirmera que les voitures ne rebondissent pas au moment d’un choc avec les poids lourds récents donc ce n’est pas certain que la voiture de Vincent est rebondi contre la glissière à cause du choc. Il aurait pu serré la glissière pour vouloir éviter un véhicule qui lui fonçait dessus.
Pourquoi le chauffeur a téléphoné à son employeur avant de prévenir les secours, sachant que l’on peut joindre les urgences partout en France de tous les portables, et pensé à sa propre sécurité au lieu de porter secours à notre fils.
Pourquoi a-t-il effectué cette manœuvre incohérente car il est plus facile d’avancer avec un semi remorque que de reculer sans visibilité, dans la pénombre (4 h du matin), en prenant le risque de heurter un véhicule qui circulerait dans le même sens.
En tant qu’employé par une société d’autoroute, le papa de Vincent est intervenu sur de nombreux accidents impliquant des poids-lourds et des véhicules légers, dans tous les cas les poids lourds avaient dépassé les voitures avec lesquelles ils étaient entrés en collision.
Nous n'avons jamais obtenu de réponses à toutes ces questions, ont-elles été posées par les enquêteurs, le rapport de police, que nous avons entre les mains, pour nous parents , est incomplet.
Le procureur a classé l'affaire estimant que le chauffeur n'avait commis aucune erreur, donc pas de complément d'enquête, pas d'appel à témoins, le seul témoignage sur lequel il se fonde pour conclure est celui du chauffeur du poids lourds, en l'occurrence juge et partie.
Nous ne voulons pas de mal au chauffeur, nous aurions aimé avoir des débuts de réponses à nos questions.
Les tribunaux déjà trop encombrés n’ont que faire des accidents de la voie publique.
A la suite de ce 9 juillet, pour la justice Vincent est devenu un simple n° de PV ou des oublis, des éléments non constatés ont conduit à une enquête bâclée, des zones d’ombres persistent mais le procureur, qui s’est contenté de lire les 2 premières pages du rapport à décidé un classement sans suite.
L’année passée 10 jeunes tués en Afghanistan, récemment un n avion s’écrase, effet de masse, l’état déploie des moyens, du soutien, mais ce que l’on ne sait pas c’est que le nombre de morts d’un avion représente les victimes de la route PAR MOIS, et pour ces victimes pas de moyen pour les accompagner sur les lieux d’accident quand ils sont distants de plusieurs kilomètres, pas d’aide, pas de soutien, individuellement nous ne signifions rien.
Les exemples sont légion, où les parents de victimes doivent se battre encore et encore pour obtenir justice, une justice qui n’écoute pas les victimes de la route, qui se retrouvent seules, face à elle mêmes, pour parvenir à un semblant de justice en mémoire de leurs disparus.
Vincent n’avait que 21 ans, vous qui me lisez, vous qui vous croyez invulnérables, qui bravez toutes les interdictions avec un volant entre les mains, sachez que cela n’arrive pas qu’aux autres. Voir un jour arriver à votre domicile des gendarmes pour vous annoncer la mort de votre enfant est une horreur qu’il faut éviter à vos parents.
Allez sur le site http://www.laroutetue.com vous y verrez des photos d’accidents mortels de la circulation, pour vous montrer l’horreur. Essayez d’imaginer que cela pourrait être vous ou l’un de vos proches, allez les voir et repensez y quand vous reprendrez le volant.
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